Passage 1995 et 2001

« Vivre c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner »
Georges PEREC Espèce d’espaces. Paris, ed Galilée

Il faut remonter à l’enfance.
La peur du noir.

L’enfant ne perçoit pas la lumière au bout du tunnel,
Là-bas, trop loin, trop tard.
Il ressent seulement l’oppression des parois aveugles,
à portée de mains, ici et maintenant.

Abri ou tombeau ?

Ne pas voir plus loin que le bout de son nez,
C’est le privilège de cette innocence.
C’est aussi la source de la peur.

L’espoir est ailleurs et demain,
une question de perspective.

La perspective est une notion temporelle
L’enfant a une vision cubiste du monde,
Un monde à plat où tous les plans se chevauchent.
La perspective est un point de vue qui demande du recul de l’expérience.
Elle se doit d’intégrer les fantômes de l’enfance.
Ses peurs, ses cauchemards. Ses errances.
Ainsi le passé, le présent et l’avenir s’ordonnent dans un même cadre.

Bunker du mur de l’Atlantique ou chambre mortuaire de la vallée des rois ?
Le même couloir.
Les peurs des mortels sont éternelles.

Les images de Bernard Molins obéissent à ces lois de la perspective.
Lieu de passage.
Tunnel spatio-temporel.
Traverser le temps.
Des ténèbres à la lumière.
Le temps d’un  instant,
Un instant d’éternité.

Bernard Molins n’a plus peur du noir.

José-Louis Bocquet